Article du 25 au 31 mars 1999 par K.B.
Déjà deux divorces, deux enfants aussi, pour Florence, 45 ans, contrariée par des problèmes professionnels et comme en panne d’identité. Cette architecte qui a connu les honneurs ne fait plus l’unanimité et se cherche au milieu de toutes ces incertitudes qui l’accablent. De quoi remettre en cause son credo féministe, celui d’une certaine indépendance, pour mieux se lover dans les bras d’un « macho » méditerranéen, riche banquier de surcroît… La sécurité, le plaisir dans une forme de soumission contre une vie prédestinée à l’émancipation ? C’est le thème d’un roman qui se veut, à l’heure ou le combat pour les quotas fait rage, comme un postulat a contrario des avancées féministes, des idéaux qui faisaient florès au cœur des seventies. La démonstration, les étapes qui mènent Florence femme de tête habituée au gouvernail et qui se laisse peu à peu gagner par un agréable sentiment de dépendance au point de se muer pratique¬ment en défroquée de la cause féministe, sont sûrement simplistes et parfois trop « provoc », évitant délibérément le registre de la nuance. N’empêche que quelques réflexions bien senties, quelques para¬graphes rondement composés suscitent les interrogations: « Contrairement aux idées reçues, je considérais que rien n’était plus facile à conquérir que l’indépendance. Le seul problème consistait à la financer. Et c’était un cercle vicieux, car l’énergie et le temps qu’on y consacrait instauraient d’autres formes d’esclavage parfois pires que la prison d’un amour. »
Des propos qui alimenteront la controverse comme ces allégations laissant à penser que l’entrée des femmes en politique ne résulte que d’un désintérêt des hommes pour la chose publique au moment ou les pouvoirs se sont déplacés vers les ‘milieux économiques.
Bref voilà un roman imparfait mais qui se fait l’écho d’un message plutôt inattendu et dont le mérite essentiel est d’apporter une autre voix au chapitre et de s’interroger sur les aspirations profondes des femmes. C’est dans ce politiquement incorrect, dans cette propension à frayer hors des sentiers battus que réside le principal intérêt d’un ouvrage à contre courant.
