Article d’août 2001 par Dolores Somma 
Même en cherchant bien, force est de constater qu’Eglantine Verpillat n’a vraiment rien pour,elle ! Franchement boudin, avec des traits ingrats, pas particulièrement intelligente, parfaitement inculte jusqu’à ce qu’elle rencontre un vieux mentor qui l’éveille au cinéma, elle mène une de ces existences inintéressantes, et exerce sans passion le métier, il est vrai peu palpitant, de vendeuse dans un photoshop. Bref la vie de milliers de jeunes filles anonymes.
Pourquoi donc mettre en scène une héroïne d’une banalité pareille ? « Justement, parce qu’elle ressemble à tout le monde » réplique l’auteur, Marielle Gallet, avocat au barreau de Paris et, accessoirement, épouse de l’écrivain Max Gallo. « Je la voulais la plus quelconque possible, parce que c’est sur des gens comme cela que la télévision exerce une telle fascination. » C’est qu’Eglantine a flashé pour Ephrem Sainte-Mauve, le présentateur-vedette d’un jeu-télévisé. Jusque là, rien d’extrabrdinaire, elle n’est certainement pas la seule à qui cela arrive. Sauf qu’Églantine a une case flottante. Sa passion vire à l’obsession, tourne à la folie, s’achève dans le drame. « Elle imagine qu’elle est en relation télépathique avec son idole et que son amour est réciproque. »
En défendant un harceleur
Comment est née Eglantine ? « L’idée m’est venue parce que, en correctionnelle, j’ai défendu un homme qui harcelait quelqu’un. Je voulais m’interrOger sur notre société « de l’image. Eglantine, c’est une Madame Bovary du 21e siècle. Le personnage de la femme amoureuse qui vit une histoire imaginaire est intemporel.
Elle vit par procuration, en se gavant d’images tous les soirs, allongée sur son lit La télévision est une fenêtre sur le monde. Loft Story, c’est complètement stupide, mais tout le monde regarde. Affolant ! Pour travailler, j’ai lu beaucoup de lettres envoyées par les spectateurs à leur présentateur fétiche. J’ai été atterrée par la place que prenaient ces êtres cathodiques dans la vie des gens. Pour certaines personnes, ils sont devenus des membres de la famille, que l’on salue tous les soirs au moment où ils apparaissent à la télévision et dont on suit la vie par magazines interposés. Eglantine compose des albums avec tout ce qui paraît à propos d’Ephrem Sainte-Mauve. Et téléphone au studio pour prendre de ses nouvelles lorsqu’il a un accident de moto. »
Dans son magasin, elle est en contact avec la bourgeoisie dépravée de sa petite ville de province. « Pour elle qui rêve d’ascension sociale, c’est un premier pas vers ce monde qui la fascine. Elle n’a pas d’existence propre, chaque fois qu’elle peut, elle raccroche la réalité au cinéma pour lui donner consistance. Elle trouve des ressemblances entre les gens et les acteurs ou les actrices, ce n’est qu’ainsi qu’ils prennent de l’épaisseur. La télévision la rendra folle, mais elle était fragile dès le départ. »
Elle porte en elle les rêves de sa mère, qui lui fit croire à un échange à la naissance et à une origine sociale de leur famille nettement plus élevée. « Tout à fait. Mais, c’est l’accident d’Ephrem et son absence de l’émission qui l’a fait disjoncter. Elle imagine alors qu’elle va le rejoindre et l’épouser. Jusque là, elle n’est pas idiote, elle a sur elle-même un regard critique et lucide. » Elle réalise également que Vanessa la manipule. « Son amie est très forte, souvent les forts attirent les faibles et les utilisent. »
Églantine évolue dans un univers sordide. Tous les hommes qu’elle croise abusent d’elle, la salissent. Sa copine l’entraîne dans des parties fines après l’avoir fait violer par son frère ! Quant à son idole, il est cynique, factice et blasé. « Je voulais que ce soit ainsi. Sans issue. Elle n’a pas de chance, il n’y a pas d’espoir qu’elle s’en sorte. »
L’écriture est également sans fard, directe comme la langue parlée et sans détail inutiles. « Mon mari me reproche de ne pas m’étendre en descriptions. Or, quand il me lit, il ne se rend pas compte que cela ne le dérange pas, J’aime que le lecteur fasse marcher son imagination. »
