Article de mars 1999 par Élisabeth Barillé
Les vingt dernières années ont-elles réellement profité à l’épanouissement des femmes ? N’ont-elles pas sacrifié leur bonheur sur l’autel d’un pouvoir illusoire? L’indépendance financière vaut-elle vraiment la peine que l’on renonce à la sécurité affective? A perdre, n’y a-t-il pas beaucoup à gagner ? Telles sont les questions poil à gratter qu’une avocate-romancière nous invite à nous poser avec Une femme entretenue. L’histoire de Florence, une attirante architecte dans la quarantaine qui, frappée par la crise économique, accepte de son amant non seulement qu’il la soulage de ses dettes, mais qu’il fasse du don d’argent une preuve d’amour. Une situation qui, loin de la culpabiliser, lui montre enfin à quel point son ambition l’avait fourvoyée… Avec ce roman assez subtil pour ne pas apparaître comme grossièrement provocateur, Marielle Gallet s’attaque au «féministement» correct avec une franchise qui déroute et où certains ne manqueront pas de voir une sorte de cynisme. Elle est montée à la barre pour s’en expliquer.
- Atmosphères. Votre titre est volontiers provocateur. Vous n’allez pas vous faire des amies parmi les femmes de tête !
Marielle Gallet. Au contraire ! J’en connais beaucoup qui m’ont dit sur le ton de l’envie : « Mais comment fait-elle ? » C’est devenu une sorte de rêve pour celles qui, par ambition, pour prouver qu’elles pouvaient faire aussi bien que les hommes et même mieux, ont sacrifié leur vie intime.
- A. C’est votre cas ?
M. G. Ça l’a été. Il fut un temps où je travaillais de cinq heures du matin à onze heures du soir, avec la satisfaction de diriger un grand cabinet d’avocats, mais aussi la douloureuse impression de n’être pas là pour mes trois enfants.
La crise économique m’a fait perdre la moitié de mon chiffre d’affaires, m’a obligée à quitter mes quatre cents mètres carrés dans le 16e pour un trente mètres carrés dans le 5e, et j’ai alors réalisé la fragilité de cette autonomie financière pour qui j’ai tout donné.
- A. Avez-vous aussi rencontré un homme qui, comme dans le roman, a épongé vos dettes ?
M. G. Oui, et ça ne m’était jamais arrivé ! Auparavant, j’étais celle qui entretenait un mari plutôt velléitaire que l’ambition de sa femme arrangeait bien. Cas très répandu, croyez-moi, parmi les femmes qui soi-disant ont réussi. Cela dit, le titre peut porter à confusion je n’ai jamais cessé de travailler. mais j’ai soudain accepté qu’on me gâte et qu’on me protège.
- A. Sans culpabilité ?
M. G. Aucune ! C’est sans doute horrible à dire, mais je dois avouer qu’être ainsi prise en charge vous fait réaliser votre valeur.
- A. Ce qui redonne à Florence un regain de sensualité et l’audace d’une véritable courtisane.
M. G. Ma certitude est qu’il faut tirer parti de sa féminité sans complexes, parce qu’elle peut être un moyen de liberté. Et puis. quand on parle d’amour, il n’est pas bien vu de parler d’argent. Mais il me semble qu’il permet de donner des preuves d’attachement.
- A. Croyez-vous que c’est l’argent et le pouvoir qui font tout l’érotisme de l’homme ?
M. G. Bien sûr ! Il faudrait vraiment être masochiste pour ne pas craquer pour un homme qui a du pouvoir, de l’argent, qui vous adore et que vous aimez aussi !
- A. Vous n’allez tout de même pas demander aux femmes de rentrer au bercail !
M. G. Non, mais je pense qu’un débat sérieux s’impose pour savoir comment leur permettre d’avoir une vie accomplie. La loi sur la parité ne règle rien sur ce point de vue… Et puis, s’il faut avoir comme modèle Hillary Clinton, alors non, merci bien !
- A. Que proposez-vous?
M. G. A vrai dire, je n’ai pas élaboré de solutions concrètes, mais dans le cas des créatrices, pourquoi ne pas envisager un système de bourses en partie financée par les maris ?
- A. Le vôtre est un écrivain célèbre et très productif. Comment se passe la cohabitation ?
M. G. Dans l’harmonie. Nous avons chacun notre espace à nous, il me lit, me donne des conseils, mais à y réfléchir, je crois qu’il me préfère en avocate.
– A. Il se sent menacé?
M. G. Non, c’est bien plus subtil que cela… (elle hésite) En tout cas, une chose est sûre : quand nous sortons ensemble, je ne dis jamais que j’écris des livres.
