Article de juillet-août 1986 :
Un soir, au sortir du théâtre où elle aime aller seule, Gilla entre dans une boîte douteuse et y voit un homme qui ne ressemble à personne ; massif, félin, un Jupiter avec des mains d’étrangleur. Il la braque de son regard (!) Vingt-quatre heurs plus tard, elle se livre pantelante à Bogdan, le Polonais macho, baroudeur, ex-légionnaire et taulard, un brin gigolo et peu porté sur l’hygiène, mais dans son enthousiasme Gilla n’est pas loin de prendre tout cela pour des preuves de virilité.
La dame dirige une agence de pub et a renoncé depuis un bail à la vie de bohème ; elle n’est quand même pas enchantée de découvrir, l’une après l’autre, les caractéristiques de son « artiste de l’amour » ; elle le suit d’abord comme une petit chien, dans les où il boit, joue et se vante pendant des nuits, dans des boîtes
parfois bizarres et même dans les stades car il est fou de sport. Mais leurs nuits sont fabuleuses, et Gilla se félicite. Ça c’est un homme, et pas un de ces « petits mâles français à la virilité laminée par un féminisme galopant » qui « fument un joint en comptant leurs points de retraite ».
Gilla, dont la vie privée se limitait à une liaison Backstreet avec un homme d’affaires et quelques aventures, déchante un peu en découvrant à son Bogdan une épouse, puis une « vieille » qui l’aide un peu à vivre. D’accord pour la sacralisation de l’amour, l’esclavage réciproque, mais quand même. Cet homme-là qui lui fait « gober les étoiles », elle le doit, s’avoue-t-elle, à son « barda d’exigences socio-culturelles, son romantisme désuet, son esprit frondeur et son tempérament de salope ».
Redevenant lucide Gilla s’éclate en mégère, et quand on crie à son homme « Tu n’es pas un fauve, tu n’es qu’un roquet à mémère », c’est qu’il y a quelque chose de cassé … Elle va se libérer en se servant de son inconscient et d’un doux toubib plein de bonne volonté. Crues et pleines de verve, les tribulations
amoureuses d’une femme moderne et indépendant. Seul de ces livres écrit à la première personne, il est aussi le seul en prise directe avec la réalité. Donc concernant.
